Le Voyage de Philémon Baudet - 1ère partie - 437 km - Août 2007


En Mars 2007,  la rencontre avec  un baudet du Poitou, dans un  refuge pour âne abandonné et maltraité, allait donner naissance à Philémon Baudet, l'âne voyageur, rêveur de paysages et témoin des chemins.
Ainsi, pour relier sa nouvelle terre, il entreprit son premier voyage, 437 km de l'Auvergne au Languedoc, traversant six départements, deux montagnes culminantes en terre du milieu, et foula la mémoire de Modestine, l'ânesse qui guida Robert stevenson dans les cévennes, un siècle et demi plus tôt.
Philémon Baudet vous fait partager son aventure en vous livrant son regard sur cette nature qui nous entoure.
Vous pouvez retrouver les albums photos complets tirés de ce voyage à gauche de notre blog datés de 2007/08.
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Voici la carte des 6 premiers jours : " Le départ forestier de Philémon Baudet "

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Jour 0 : La Gravière
Vendredi 20 Juillet 2007 - 857m

A quelques kilomètres d'Ambert, connue pour son fromage (la fourme), La Gravière est une des granges de l'association ADADA qui accueille les ânes déshérités par les hommes. C'est d'ici que commence le long voyage de Philémon Baudet qui durera trois semaines. C'est ainsi une armure de portage qui signera l'éternel profil de l'âne bâté sur ce nouveau chemin.

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Jour 1 : La gravière - Maison forestière de Boisgrand - 13,5 km

Samedi 21 Juillet 2007 - 1097m



Ce début de voyage est ponctué d'incidents dûs au mauvais équilibrage des bagages embarqués. Par trois fois, le bât chavire et réclame une bonne demi heure de dégrafage et réarnachage du baudet. Autant dire que cinq kilomètres à parcourir demandent autant d'énergie que cette séance de déboutonnage.
Le temps se gâte et nous marquons une halte pour la nuit à mi chemin de notre première escale. Notre tente est dressée sur le terrain d'une maison forestière, un garde manger idéal pour Philémon Baudet.


P1000327-copie-1.JPG             Au petit jour, à la maison forestière de Boisgrand


Jour 2 : Boisgrand - St Bonnet le Chastel - 13 km

Dimanche 22 Juillet 2007 - 880m


Nous suivons le GR330, aujourd'hui déclassé, qui nous mène au travers de forêts aux noms évoquateurs : Bois des Ménettes, bois des pères, bois des Sucs, bois de Berny... L'aternance incessante de pluies creuse les ornières des chemins empreintés par les grues d'ascieries. Par le poids de son bardage, Philémon s'enfonce dans les boues de ces autoroutes forestières.
Mal entretenu, le chemin disparaît peu avant notre arrivée sur la scierie de Pégoire. Notre boussole sera utile pour cette fois là.



P1000339-copie-1.jpg                               Une petite pause à la croix des Sucs

Etape au gîte équestre de St Bonnet le Chastel.
pré et ravitaillement pour Philémon.
gestion libre ou repas possible au café épicerie, gestionnaire du gîte.
Mme Savinel 04 73 72 50 75




Jour 3 : St Bonnet le Chastel - La Pénide ( Chaise Dieu ) - 16,5km

Lundi 23 Juillet 2007 - 1012m


Les corps se réveillent, les douleurs avec, nous reprenons la route vers St Alyre d'Arlanc. Le test de feu du premier pont/passerelle à franchir pour Philémon Baudet nous attend à la chapelle de St Elidie pour nous emmener sur le chemin de croix peu avant St Alyre.
démonstration :


                Philémon Baudet intimidé par la présence de chevaux non loin de là

                c'est par le gué qu'il finira...

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               Le chemin de croix de St Elidie

Etape à La pénide, gîte équestre proche de la Chaise Dieu.
café/brasserie présent sur le site, écurie pour Mr Baudet.
gîte un peu vieillot mais convivial. gestion libre possible
René Brivadis :04 71 00 06 76




Jour 4 : La Pénide - Fix St Geneys - 27,7 km
Mardi 24 Juillet 2007 - 1108 m


Nous repartons pour notre plus longue étape et des chemins en dénivelés sans fin. Certains arbres des forêts  prennent des allures de personnages contés comme ce "géant" multicentenaire à la sortie du hameau Le Mas et l'entrée du bois de Le Fourniau.

               Quand je vous disais que le monde était plus grand quand on le marche...

Même les machines sont démesurées, insectes industrieux de nos forêts, ravineurs de nos chemins.

               Librement inspiré de la nature....

Nous rejoignons le GR40, au sud du village d'Allègre, par le hameau de Chaduzias et terminons notre étape sur un village "autoroutier", Fix Saint Geneys. En effet, la N102 traverse le bourg en son milieu comme une veine qui débite son flot de camions et de voitures d'immatriculations exotiques. Le centre de la France serait il là ?
Un magasin de salaison du terroir "à emporter" nous ravitaille en protéines et son propriétaire, en sa qualité de maire adjoint, nous autorise à bivouaquer sur le terrain communal, au milieu du village.
donc, photo :


               Le terrain communal offre une nourriture très riche en chlorophylle

Remerciements à Mr Pascal Comté de la salaison de Fix St geneys (04 71 57 02 12)
son saucisson était divin, son accueil chaleureux.
Le village n'offre rien d'autre en ravitaillement, sauf une fontaine d'eau potable.
Oubliez les toilettes...



Jour 5 : Fix ST Geney - Montbonnet - 20 km
Mercredi 25 juillet 2007 - 1086m


Notre longue étape de la veille pèse sur la vaillance de l'équipage. Pourtant, l'évolution des paysages qui nous entourent créé l'engouement pour mieux cerner notre avancée. Le ciel se dégage un peu plus souvent, le soleil nous réchauffe mais ces journées passées d'humidité ont révélé les faiblesses des sabots de Philémon Baudet.
Les champs de blés font leur apparition, les dégagements des prés au loin font respirer nos pas vers le sud.



Les fleurs du bord de notre chemin cristallisent notre attention, elles, pourtant si souvent oubliées dans la globalité de notre regard. Ce monde se dépeint en une multitude de détails si délicats.

                                           Ces milles fleurs sur les plateaux d'Auvergne


Nous continuons notre étape sur le GR40 en empruntant une variante vers St Jean de Nay, un de ces villages "taillés" dans une cuvette. Philémon Baudet semble marquer le coup de ses sabots détrempés d'eau et commence à éviter les cailloux et boitiller sur les mauvais reliefs. La mauvaise appréciation d'un maréchal ferrand nous avait décidé à faire le choix de randonner à sabots nus.
C'était sans compter sur le côté gauche de Mr Baudet, qui adoptait une technique tout à lui d'avancer en croisant ses pattes arrières. Certains auraient dit qu'il n'était pas enclin à pouvoir s'entreprendre sur ces longs chemins ; nous découvrirons le contraire par la suite.

Mais à la sortie de St Jean de Nay, pour remonter sur les plateaux, Philémon Baudet chuta en glissant sur un chemin raviné par les pluies.
L'absence d'expérience sur un tel évènement nous inquiéta, Philémon s'était complètement relâché, les pattes semblaient ne plus répondre, avait il quelque chose de cassé ?

               Une petite pause s'imposait....

Le reflexe de Philémon Baudet nous dépassait. A la différence d'un cheval, un âne se laissera aller sur une chute éventuelle ou un glissement, évitant ainsi une résistance qui aurait entraîné une mauvaise entorse ou autre accident plus grave. Notre ignorance du moment avait laissé surtout la place à une inquiétude marquée, le plus difficile étant, en réalité, d'assister Mr Baudet à se relever. Imaginez un bébé de 300 kg à remettre sur ses quatre pattes, d'autant que Philémon Baudet était plutôt prédisposé à se recoucher.
Philémon n'a jamais souffert de ces chutes. Il nous en réserva quelques autres durant le reste de ce voyage.

Nous arrivons sur le village de Montbonnet, croisement du GR40 et du GR65, connu aussi comme un des chemins de Compostelle.
Etape au gîte très bien tenu de Mr et Mdme Pinon (04 71 57 51 03)
La demi pension vous donne le droit de faire la vaisselle dans l'ambiance "pèlerin" à très bon prix et l'aération des chambres peut être remise en cause par le propriétaire, chasseur de mouches.
Pré obsolète pour Philémon Baudet, toutefois suffisant pour la nuit.



Jour 6 : Montbonnet - Bouchet St Nicolas - 13 km
Jeudi 26 Juillet 2007 - 1025m


Préparatifs pour notre départ vers Le Bouchet St Nicolas ou nous allons rejoindre le mythique GR70, chemin des souvenirs de Stevenson, chemin d'héritage pour Philémon Baudet.



                                           Fidèle destroyer, aventurier à brosser avant toute nouvelle étape

Les sabots de Philémon Baudet sont meurtris. Notre prochaine escale étant sur un tracé généralement empreinté par des randonneurs "asins" nous laisse penser qu'il sera plus facile de trouver assistance auprès d'un maréchal ferrand. Pourtant, aucun des trois contacts connus sur la région ne répondra à nos appels.
Nous repartons sur le GR40, autrefois autoroute romaine droite comme un "i" qui borde la forêt domaniale du lac du Bouchez, une des curiosité du coin. Philémon baudet peine, nous avançons presque en reculant, il est temps d'arriver.



                                           Je crois que c'est par là....

Le bouchet St nicolas nous apparaît comme un village fantômatique, posé là au milieu de nulle part sur de vaste étendues de champs et de prés. Les maisons de pierres cubiques en granit noir contribuent à cette perception.
Nous arrivons, tarraudés par la chaleur et la fatigue d'une étape parcourue sur la pointe des sabots.

               Les mamelons du Bouchet St Nicolas par le GR40


                                           Notre arrivée sur la place de l'église du Bouchet St Nicolas


Cette arrivée marque aussi nos premiers 100 km de marche et de découverte de nous mêmes. La gestion des problèmes de sabots nous oblige à rester une journée de plus sur ce village en espérant trouver une bonne âme experte es "pied d'âne" pour nous permettre de continuer ce voyage.
Le gîte communale nous offre la surprise d'être entièrement neuf et peu peuplé mais surtout possédant une cuisine digne d'un macaron Michelin.
Le gîte est géré par l'Auberge de Couvige (04 71 57 32 32), accueil sympathique, demi pension possible sur l'auberge (même si vous êtes en gîte), une épicerie est ouverte le matin en face.

Et bien sûr, on ne pouvait rater la photo du trio pour fêter ces premiers 100 km :


               On n'est pas des stars, là ?



Jour 7 : Bouchet St Nicolas - repos
Vendredi 27 Juillet 2007


En l'absence de réponses pour réparer notre Baudet aux ampoules, de bonnes gens nous orientent sur une famille d'éleveurs de bovins qui pourrait peut être nous aider, la Famille Forestier. L'idée étant de récupérer une chambre à air et un pneu déclassé afin de tenter de confectionner des souliers de fortune. Un peu de bitume de Norvège sur la fourchette, la chambre à air découpé en chaussette cerclé d'un fil de fer et nous voilà sur une solution toute provisoire.
Elle a tenu une heure !!!
Quand le téléphone sonna, le maréchal Bertheas (Le ferrand ) nous confirma la possibilité de venir régler nos problèmes de chausse pieds. Le sourire revint, l'horizon s'élargit à nouveau.
Nous allions baptiser Philémon Baudet aux chaussures d'acier, prêt à braver les montagnes et chemins enrochés.
Et voici en pratique :


               La forge mobile et les curieuses

               Essayage, rabotage, ajustage, ferrage, cloutage...

Si même ces sabots solutionnaient un problème de pose de pieds, ils nous rajoutaient d'autres contraintes comme les glissades sur le bitume lissé par la chaleur ou les roches patinées par la pluie.

Mais Philémon Baudet repartait fièrement aux cliquetis de ses nouveaux sabots de 7 lieux sur les mémoires de Modestine, l'ânesse de Robert Louis Stevenson.


à suivre dans... Le voyage de Philémon Baudet - 2ème partie - 437 kms - Août 2007

 
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