Le Voyage de Philémon Baudet - 3ème partie - 437 km - Août 2007

Jour 15 : Pont de Montvert - Florac - 546m
Samedi 4 août 2007 - 25 km


La loi des séries. le Mont Lozère paraissait la difficulté majeure de notre entreprise ? Oui, peut être à quelques mètres près... mais il suffisait d'enchaîner quelques variantes de monts successifs, à gravir à nouveau, pour se rendre compte que le Mont Lozère était une partie de plaisir. Cette nouvelle journée, outre sa magnificence de paysages jalonnant les heures de notre randonnée, nous démontre qu'on ne possède pas le monde en quelques heures, mais à la peine de chaque jour marché.

                    GR70, au départ de Pont de Montvert, Une très belle montée vers le causse de l'Hermet

Le relief change, le soleil vous cuit dans son ardence, mais ce nouveau chemin vous procure une sensation de changement de pays, d'un nouvel horizon à prendre. Nous sommes déjà dans un autre monde.

                    La Cham de l'Hermet, le petit causse au dessus de pont de Montvert 1114m

Vous n'êtes plus ici, mais déjà bien ailleurs...  Le Mont Lozère vous regarde au loin.

                    Le chemin de La Cham de l'Hermet, GR70

Une nouvelle montagne nous guette au loin, le col de Sapet.

 Les longues fougères du bois d'Altefage

Les montagnes russes de notre sentier nous prennent en défaut. Partir de 875m pour 1114m, puis redescendre à 991 pour gravir vers 1300, puis 1420m et redescendre à nouveau, sans compter les tracés de drailles en raie droite sur chaque montagne... la punition du repos de la veille était là. Pourtant, nos plus beaux souvenirs, cristallisés par l'effort, sont bien dans cette journée. Un ciel azur, et déjà les deux prochaines journées de notre périple étaient à nos pieds.

                    Philémon Baudet derrière un des cairns du "Signal du Bouges" 1421m

                    Le point de vue du "Signal du Bouges" à 1421m

                    GR70 - 68 au col de Sapet avec, au loin, le causse du Méjean,
                    le cauchemar de Philémon Baudet.


                    L'abri du col du sapet, le banc du solitaire 1114m


Nous quittons le GR70 pour la jonction GR68, et redescendre sur Florac par la montagne de Lempézou. Nous évitons Bédouès qui doit sûrement mériter la curiosité des randonneurs ou du tourisme passant, mais la chaleur de cette journée (peut être le temps de nous adapter) nous prédispose à clore cette étape en 25 km.

Florac, trop grande ville pour une escale à sabots, n'est plus dans l'imaginaire de Stevenson : les chemins plus anciens devaient s'adapter plus aisément à l'entrée de Modestine. Là, nous découvrons plutôt une autoroute à caravanes et notre passage paraît franchement gêner la circulation de l'axe centrale de la ville.
Par défaut de disponibilité du gîte communale, nous faisons halte à "La Carline le Presbytère", dont l'accueil expéditif nous a valu de perdre la paire supplémentaire d'yeux qui oeuvraient pour la mémoire du chemin de Philémon, comprenez l'appareil photo. En effet, celui ci fut broyé par la voiture des propriétaires, trop pressés d'aller rejoindre une de leurs soirées.

La détente du stress d'une ville trop étroite pour Mr Baudet passe par la terrasse du "café/coiffeur" à proximité du gîte maladroit, et par l'acceuil chaleureux et disponible de Mr Pitat ( de la Mairie) qui, à défaut de nous loger, s'entreprend de créer un parc mobile pour Philémon Baudet en plein jardin public pour seulement 4€, on apprécie.

Donc, par reconnaissance, on donnera les deux contacts :

Gîte communal et pré : Mr Michel Pitat : 04 66 45 23 98 ou 04 66 45 00 53 (06 79 95 67 12)

Gîte "La Carline le Presbytère : Mr et Mdme Lagrave : 04 66 45 24 54
le grenier à coucher est toutefois charmant.
pas de gestion libre


Jour 16 : Florac - l'Hom - 1076m
Dimanche 5 août 2007 - 22 km
(perdus sur le causse, sûrement plus...)

Nous abandonnons le GR70 de Mr Stevenson pour traverser le causse Méjean par le GR de pays au sud, un désert de Pierres et de champs agro-industriels caractérisé par son immensité de clotûres barbelés et par la rudesse de ces grands propriétaires. Nous en avons fait l'amère expérience après une erreur d'interprétation du topoguide en notre possession.
D'un, le sentier périphérique sur le causse n'est pas clairement indiqué sur le précieux livre, d'autre part, un paysan récalcitrant efface les repères du GR afin de décourager les aventuriers du lointain.
résultat : vous vous retrouvez au milieu de nul part et l'impossibilité de faire traverser Philémon Baudet durant des kilomètres de clotûre sans accès.
La moitié des chemins n'existe plus, plantés par les "méjeannais", les forêts sont clotûrés pour enfermer les sangliers (dixit une fermière), Un soleil de 45° vous rend la pareille, aussi durement que l'accueil de l'autochtone sur votre route grognant du haut de son tracteur lancé à toute vitesse comme s'il manoeuvrait sa bicyclette.
Bref, si l'enfer existait, il ressemblerait à ce pays de caucagne.

Pour finir, après un détour sans fin à travers champs et nouveaux chemins, notre arrivée à l'Hom à 23h30 nous fait slalomer au milieu du chaos (cirque dolomitique) de Nîmes le Vieux, principale curiosité du causse que nous n'aurons jamais la satisfaction d'admirer faute de lumière.

Voilà ce que cela peut donner en images :

               Après notre ascension du PR au dessus de Florac pour rejoindre le causse Méjean
                    ( Ferme ruineuse La Bastide)

                 Rien ne va plus, le chemin disparaît au point 17 du topo guide GR68/GR de pays

         Le retard s'amplifie, le gîte est appelé. Au loin, les sommets de la veille, le col du Signal du Bouges et du Sapet

                c'est immense, brulant et sans fin

             comme ces frontières foncières parcourant des kilomètres sans jamais voir le bout

                    Mais l'austérité vécue ce jour là n'enlève en rien la magie de ces paysages

Notre arrivée dans la nuit soulève une cacophonie hurlante de sentinelles de tous poils qui nous font craindre le pire sur l'accueil de Philémon baudet. Des salutations rapides auprès de nos logeurs et du grain pour notre vaillant destroyer et nous écrasons notre nuit de sommeil comme une seule respiration.
Le Mont Aigoual nous attendait le lendemain.

Gîte d'étape à la ferme (vous ne dormirez pas avec les cochons, mais plutôt avec Mr Bouygues)
Gestion libre possible, petit déjeuner "américain" via "leader price": Là, on oublie les bons côtés de la ferme, vous ne garderez que les odeurs. On regrette !
Mais Martine Turc (et son mari) ont un sacré jocker : Une boutique de salaisons "faites maison", le solde devient créditeur.
Gîte d'étape de l'Hom : Martine Turc : 04 66 45 66 14


Jour 17 : L'Hom - L'Espérou : 1222m (par le Mont Aigoual 1565m)
Lundi 6 août 2007 - 21km

C'est un fait: notre route initiale ne devait pas graver ce deuxième sommet du Languedoc. Toutefois, la liaison Causse Méjean/Mont Aigoual par le GR60 au pied de notre étape suggérait de relever ce nouveau défi et d'enrichir l'expérience de cette transhumance. A portée de sabots de Philémon baudet, ailleurs un autre jour, nous décidions de gravir ce nouveau Mont pour continuer de toucher le rêve que nous avions entrepris.
La pluie venant, la brume nous attendant...
Les drailles pointées comme un "I" nous rappelaient que la côte allait durer encore 600m. Philémon Baudet n'ayant pas montré de fortes aptitudes à l'escalade, nous bifurquons sur le GR6B dans le hameau de Cabrillac, traversant le domaine forestier de l'Aigoual, et longeant le versant ouest du piton des camisards.
Là, les mésaventures de la veille pèsent sur les corps et le moral, une fatigue psycho-physique se faisant sentir au sein du groupe.
L'excellence de la nature nous entourant allait bien vite chasser cette empreinte éphèmère:

                    Sur le GR6B, une petite pause à 1400m

Le brouillard venant lécher notre chemin, l'armement se prépare en trois actes :

                    Acte 1

                    Acte 2

                    Acte 3 et 97% d'humidité

Mais le tableau ne saurait être complet sans vous donner une fenêtre sur la forêt de l'Aigoual, particulièrement ces tentacules de chênes verts qui ouvrent votre chemin aux côtés de hêtres, de noisetiers et de bouleaux.

                    Un tunnel écologique sur l'Aigoual

Le point (presque) culminant de l'Aigoual - 1546m sur les 1565m de la station météorologique - ne nous laisse pas sur un souvenir impérissable, les monts du sommet dégarnis étant plus une réserve de voitures sur des terrains bitumineux. La brume et le froid enscensant notre sommet, la vitalité du groupe se porte à redescendre sur le GR7, ravagé par les buldoozers de la civilisation galopante.
Les drailles du Sud ne volant pas la vedette des dénivelés aigüs des drailles du Nord, c'est au pas de course nordique que Philémon baudet dévale ses 300m de chemins caillouteux pour rejoindre, enfin, notre escale à l'Espérou.

Etape au gîte équestre "Label FRETE", auprès de Sylvie Monzo.           
Bon accueil dans ce gîte de style chalet des montagnes (en plus contemporain)
gestion libre, pré pour Mr baudet aussi pentu que les drailles...
04 67 82 70 88
le gîte étant une des premières bâtisses à l'entrée de l'Espérou par le GR7.
La table de l'Hôtel du parc
vous fera oublier le régime que vous pensiez avoir commencer.
( 04 67 82 60 85)

Jour 18 : L'Espérou - Maison Forestière de Puéchagut - 1003m
Mardi 7 août 2007 - 11 km


C'est là que les athéniens s'atteignirent, que le Philémon fila, les compagnons s'y perdront. Une désorganisation errante s'emporta sur chaque nouvelle foulée de l'équipage : Le carnet de bord se grossit de pages blanches, les étapes arrêtèrent d'être mesurées, les escales devenaient un peu plus imprécises.
Continuant de dérouler le GR7 et le GR60 vers le pied de l'Aigoual, notre progression du jour se transforme en ballade, butinant l'éclat de la forêt sous la bruine retenu par la dominance du mont cévenol.
Philémon baudet montrant sa parure de grand randonneur au chevaux de pré.

               difficile d'être une star...

C'est une très belle escale que nous découvrons entre ces deux étapes, les chemins de notre GR s'éfilant dans ces bois aux arbres de mille ans.

                      Peu avant notre arrivée sur Puéchagut, un vénérable nous écoute

Malgré un détour forcé du GR7 par l'encombrement du sentier d'un arbre déchu de ses racines, nous arrivons sur l'étape de La Maison forestière de Puéchagut, véritable domaine de silence et refuge de citadins en hermitage. L'accueil très chaleureux des propriétaires embaume notre soirée, la cuisine généreuse du pays arrosée des digestifs du Patron scellera notre amitié du coin à tout jamais.
Pour la tranquilité, préférez les chambrettes d'hôtes, des petits nids au dessus de la grande salle voutée de la maison forestière.
Beau pré pour Philémon baudet au milieu de l'élevage fermier du site, trois cochons en tête.
Maison forestière des Cévennes - Puéchagut : 04 67 81 70 96

                               Les cochons gris de Puéchagut


Jour 19 : Puéchagut - Bréau et Salagosse - 312m
Mercredi 8 août 2007 - 11 km


Bien que nos étapes s'écourtent, les difficultés et les imprécisions du terrain alourdissent le temps de ralliement entre deux escales. Cette nouvelle journée allait nous le démontrer. Généralement, les sentiers de grande randonnée ou GR ne sont pas adaptés pour les randonnées asines ou équines; certains passages sont impratiquable, glissants ou trop étroits. Choisir de partir sur un GRP ou PR, soit plus petit encore, peut sembler plus improblable, presque inconscient. C'est dans cette ignorance que nous partons sur le GR de Pays du tour du Viganais, parfait pour les deux pattes :

                              Le très beau départ du GRP Tour du Viganais après le hameau de Salagosse

C'était sans compter les inombrables passages de gué qui allaient rythmer les séances de débattage, transportage, rebattage de l'ami Philémon et de son bardage. Quatre au total et un exploit d'escalade pour Philémon baudet à trois kilomètres de là.


Un homme bardé de son sac de voyage passe de profil sur ce tuyau du sentier, un Baudet avec des ailes de papillons

Selon cette image, Philémon baudet ne passera pas cette corniche en bordure d'un fossé de plus de 10m, peu évident à voir par le cadre étroit de l'image. Il aura fallu faire escalader "à vide" notre artisan voyageur sur un mur de terre à droite de plus de trois mètres de haut. La raison aurait valu passer plus facilement par Aulas en restant sur le GR7 pour relier Bréau et Salagosse.
c'est par Mars que nous passerons, avec les premiers oliviers de méditerranée.

Philémon Baudet, premier âne à poser le sabot sur Mars : Mercredi 8 août 2007, 18h13mn

Etape au gîte communal de Bréau et Salagosse, une relique architectural des années 70. la surprise vient de l'assiette de l'Auberge "Les quatre saisons" du village, qu'on recommande aux passants. Vous ne serez pas déçus du menu de nos jardins; Possibilité de séjourner parmis une des chambres de cette très belle bâtisse.
Auberge des quatre saisons : 04 67 81 09 36
www.auberge-les-quatre-saisons.com

Gîte communale de Bréau et Salagosse : Mdme Durand : 04 67 81 02 16


Jour 20 - Bréau et Salagosse - Bivouac sur le GR 7 - 672 M
Jeudi 9 août - 13 kms


Une étape épique et éprouvante. Partis sur Bez-et-Esparon, nous décidons de suivre le GRP du tour du Viganais pour gravir le causse du Blandas. Bien que la ballade soit superbe, le sentier ne laisse aucun répit au baudet, presque debout sur ses deux pattes pour escalader certains tronçons du sentier de chasseur. La tension monte en arrivant sur un zig zag empierré à quelques dizaines de mètres du sommet. Afin d'éviter de consommer le divorce d'une équipe déjà au trois quarts de son projet, le demi tour est décidé pour relier le causse par le GR7 au départ d'Avèze.

               l'ancienne route de Bez-et-esparon à Avèze

La montée est raide et la fatigue des trois semaines commence à rallonger nos kilomètres. C'est en arrivant peu avant ce deuxième sommet du causse, que Philémon chute lourdement et se coince "à l'envers" sous des troncs couchés au bord d'un ravin. Impossible de le remonter, chaque mouvement le fait glisser un peu plus. après deux heures passées à tenter de le redresser, nous décidons d'appeler un gîte équestre pour nous porter assistance (le Mas de Jean Gros) et de bivouaquer sur la crête du sentier.
Peu avant la nuit, après quelques granules avalées et une énième poussée de croupe, Philémon se redresse sur ses quatres pattes laissant l'assistance dans l'espectative.
Plus sereine serait notre nuit...

A SUIVRE




 



 
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